Résurgences

2 Août 2015 , Rédigé par New Dawn

Résurgences

Elle n'avait plus que des toiles trop oblongues et si nombreuses qu'elle ne souhaitait pas en commander de nouvelles... Elle décida donc de voir dans ses "ratées" , celles qui , avec un bon gesso , pouvaient être éventuellement réutilisées pour ses essais d'abstractions colorées ...

Ce faisant , elle tomba sur une toile qu'elle avait réalisée , cela faisait bien trois ans à partir d'une photo d'une grande voyageuse blogueuse qu'elle avait alors intitulée " Carénage à Malte" ... et qu'elle avait jugée assez intéressante pour y exercer sa coupable industrie ...

C'était l'époque bienheureuse où l'amitié régnait et où les redresseuses de tort , façon Zorro , ne s'en allaient pas sur les blogs qui ne leur appartenaient pas , fleurets non mouchetés , désigner les mal pensantes à la pointe de leur épée socialisante .... croyant qu'un changement miraculeux allait bientôt s'installer qui comblerait d'aise un pauvre peuple tourneboulé et initier un ordre nouveau dont les bénéficiaires seraient tellement éblouis qu'ils ne voudraient plus en changer ... Avec les écrits impertinents de cette mécréante , les intégristes voilées de la pensée gauchisante tinrent enfin leur chienne à qui faire rendre gorge , leur mouton à tondre et à offrir en holocauste à la vindicte populaire , ... femelles braillardes et incultes dont l'action exterminatrice était soutenue par quelques vieux impuissants et intellectuellement si stériles qu'ils suivirent les forcenées en jupon dans leur guerre sainte contre la coupable qui osait se hisser au-dessus de leur virilité défaillante et leur offrir un petit combat d'arène ...

Autant en emportait le vent ...

Mais cette toile avait une histoire elle aussi ... réalisée au sein d'un atelier de fascistes , tenu par des mâles misogynes et aigris , elle déclencha les lazzis et les quolibets des lèche-cul de service ... de sorte que celle qui la peignait , rentra , un soir , chez elle complètement écoeurée et démoralisée en raison des différents procès qui lui étaient injustement faits ... Elle relégua la toile , face contre le mur le plus noir de sa demeure ... et c'est là qu'elle l'y dénicha dernièrement ...

Le sujet pouvait être discutable , mais les couleurs en étaient plus fraiches et plus belles que jamais ... le tracé était sûr et les tons , fidèles au modèle proposé , possédaient ce je-ne-sais-quoi en plus que confère la brillance de la peinture à l'huile de qualité ...Elle décida alors d'y apposer , en bas à droite , ses deux initiales fétiches entrelacées , qu'elle n'avait jamais voulu abandonner même pour cause de mariage , considérant qu'une femme avait , elle aussi , une identité propre imprescriptible . au grand désespoir de son conjoint !

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