Anouilh Jean...

...ou l'honneur du théâtre

   La plupart des grands dramaturges français du XXe siècle, Claudel, Giraudoux, Montherlant, Camus, Aymé, Pagnol, Ionesco, Beckett, furent aussi poètes, romanciers ou essayistes tandis qu'Anouilh fit du théâtre son unique moyen d'expression, à l'exception d'un livre de souvenirs, La Vicomtesse d'Eristal n'a pas reçu son balai mécanique ( La Table ronde).

     Homme de théâtre, il le fut à l'instar de Molière et de Guitry, sous toutes ses facettes ou presque, depuis ses débuts comme secrétaire de Louis Jouvet, qui se refusa toujours à admettre que "le Miteux", comme il le surnommait cruellement, était un grand auteur. Dans l'entretien mené par Patrick Buisson, Michel Bouquet souligne combien Anouilh avait le respect de ce métier, combien il était exigeant avec les acteurs mais aussi à quel point il les aimait et les soutenait, n'hésitant pas à donner leur chance aux débutants et aux inconnus.

     [...]Cette vocation quasi sacerdotale ne s'est pas accomplie sans sacrifices. Si le succès a  accompagné Anouilh depuis les années 1930, avec l'Hermine, jusqu'à la fin , et dans le monde entier, le dramaturge n'en a pas moins connu, à ses débuts, les refus, les humiliations et la misère. Et quand il fut enfin reconnu et applaudi par le public, la critique - en raison sans doute de l'adhésion des spectateurs - ne  lui a pas chicané les appréciations fielleuses ou rosses.

     C'est que le théâtre d'Anouilh, comme les romans de Marcel Aymé, dévoile l'inépuisable médiocrité de l'homme, ses bassesses, ses compromissions, sa veulerie. Théâtre et pensées plus complexes, insiste Michel Bouquet, que ne pourrait le faire croire l'oppositions constante entre un univers de pureté, d'intransigeance, d'idéalisme, incarné par la jeunesse, et un univers adulte tissé de cynisme, de conformisme, d'hypocrisie et d'ignominie.

 

Bruno de Cessole - Valeurs actuelles - N°3864
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