Beaumarchais , Pierre-Augustin Caron dit

     Beaumarchais, tel Figaro, a été bien des choses dans sa vie si remplie de plaisirs, d'affaires, de polémiques et d'intrigues. Horloger d'abord,dans l'atelier de son père, André-Charles Caron, et horloger assez ingénieux pour faire une invention dans la mécanique de l'horlogerie. Ayant travaillé pour la Cour, dont l'air lui plut, il y acheta une charge, modeste de clerc d'office et plus tard, quand son talent de joueur de harpe lui eut valu la faveur des filles de Louis XV et que son crédit auprès d'elles lui eut fait obtenir la confiance et la protection du banquier Paris-Duverney, il acquit la charge plus importante de lieutenant-général des chasses au baillage et capitainerie du Louvre. Marié à une veuve de dix ans plus âgée que lui, et bientôt veuf lui-même, il ne lui restait de son court mariage que le nom d'une petite terre, le bois ( ou le bos ) Marchais, que possédait sa femme et qui avait fait de Pierre-Augustin Caron, M. Caron de Beaumarchais.
 Maurice Allem - La Pléiade
     " J'apprends la Chimie, la Pharmacie, la Chirurgie, et tout le crédit d'un grand Seigneur peut à peine me mettre à la main une lancette vétérinaire ! - Las d'assister des bêtes malades, et pour faire un métier contraire, je me jette à corps perdu dans le Théâtre ; me fussè-je mis une pierre au cou ! Je broche une comédie dans les moeurs du sérail ; auteur espagnol, je crois pouvoir y fonder Mahomet sans scrupule ; à l'instant un Envoyé ...de je ne sais où se plaint que j'offense dans mes vers la Sublime Porte, la Perse, une partie de la Presqu'île de l'Inde, toute l'Egypte, les royaumes de Barca, de Tripoli, de Tunis, d'Alger et de Maroc : et voilà ma comédie flambée, pour plaire aux princes mahométans, dont pas un, je crois, ne sait lire et qui nous meurtrissent l'omoplate, en nous disant : chiens de chrétiens ! - Ne pouvant avilir l'esprit, on se venge en le maltraitant. - Mes joues creusaient ; mon terme était échu ; je voyais de loin arriver l'affreux recors, la plume fichée dans sa perruque ; en frémissant, je m'évertue. Il s'élève une question sur la nature des richesses ; et comme il n'est pas nécessaire de tenir les choses pour en raisonner, n'ayant pas un sol, j'écris sur la valeur de l'argent et sur son produit net ; sitôt je vois, au fond d'un fiacre, baisser pour moi le pont d'un château fort, à l'entrée duquel je laissai l'espérance et la liberté. Que je voudrais bien tenir un de ces Puissants de quatre jours, si légers sur le mal qu'ils ordonnent, quand une bonne disgrâce a cuvé son orgueil ! je lui dirais... que les sottises imprimées n'ont d'importance qu'aux lieux où l'on en gêne le cours ; que sans la liberté de blâmer, il n'est point d'éloge flatteur ; et qu'il n'y a que les petits hommes qui redoutent les petits écrits..."
Beaumarchais - Le Mariage de Figaro - Scène III

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